Le budget de fonctionnement (AEP)
Le budget de fonctionnement du CSE, souvent appelé budget AEP pour “attributions économiques et professionnelles”, finance les moyens nécessaires à l’exercice des missions du comité : analyse des consultations, formation économique, outils de travail, assistance juridique, documentation, communication du CSE, gestion comptable, expertises cofinancées et organisation interne. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, l’employeur doit verser chaque année une subvention de fonctionnement distincte du budget des activités sociales et culturelles. Pour les élus, l’enjeu est double : obtenir le bon montant et utiliser ce budget sans confusion avec les ASC.
À retenir
- Le budget de fonctionnement est obligatoire dans les entreprises d’au moins 50 salariés.
- Son montant annuel est égal à 0,20 % de la masse salariale brute dans les entreprises de 50 à moins de 2 000 salariés, et à 0,22 % dans les entreprises d’au moins 2 000 salariés.
- Ce budget est distinct du budget des activités sociales et culturelles : il ne doit pas financer des chèques cadeaux, voyages, fêtes, secours ou avantages aux salariés.
- Il sert à financer les moyens d’exercice du mandat : formation économique, assistance, documentation, communication, outils, frais de gestion et certaines expertises.
- Le CSE peut transférer une partie de l’excédent annuel du budget de fonctionnement vers les ASC, mais dans la limite de 10 % de cet excédent et par délibération.
- Une bonne gestion suppose une comptabilité séparée, un budget prévisionnel, des décisions tracées, des justificatifs conservés et une présentation claire aux élus et aux salariés.
Définition du budget de fonctionnement AEP
Le budget de fonctionnement du CSE est la subvention annuelle versée par l’employeur pour permettre au comité d’exercer ses attributions économiques, professionnelles, sociales, environnementales et de santé au travail. Il finance les moyens propres du CSE, et non les avantages distribués aux salariés.
L’article L. 2315-61 du Code du travail prévoit que l’employeur verse au CSE une subvention de fonctionnement d’un montant annuel équivalent à 0,20 % ou 0,22 % de la masse salariale brute selon l’effectif de l’entreprise.
Ce budget est parfois appelé “budget AEP” pour le distinguer du budget ASC. L’expression AEP renvoie aux attributions économiques et professionnelles du comité : consultations, analyse des informations économiques, conditions de travail, emploi, formation, orientations stratégiques, politique sociale, réorganisations, expertises, fonctionnement interne et information des salariés.
Un budget pour agir en élus, pas pour distribuer des avantages
Le budget AEP doit permettre au CSE de comprendre, contrôler, se former, s’organiser et défendre les intérêts collectifs des salariés. Il ne doit pas être utilisé comme une réserve complémentaire d’activités sociales et culturelles, sauf transfert limité et encadré de l’excédent annuel.
Montant légal : 0,20 % ou 0,22 % de la masse salariale brute
Le montant minimal de la subvention de fonctionnement dépend de l’effectif de l’entreprise. L’article L. 2315-61 du Code du travail fixe deux seuils : 0,20 % de la masse salariale brute dans les entreprises de 50 à moins de 2 000 salariés, et 0,22 % dans les entreprises d’au moins 2 000 salariés.
Ce montant s’ajoute à la subvention destinée aux activités sociales et culturelles, sauf cas particulier où l’employeur fait déjà bénéficier le comité d’une somme ou de moyens en personnel équivalents à 0,22 % de la masse salariale brute.
Repères de calcul
- entreprise de 50 à moins de 2 000 salariés : masse salariale brute × 0,20 % ;
- entreprise d’au moins 2 000 salariés : masse salariale brute × 0,22 % ;
- le montant est annuel, même si des versements périodiques peuvent être organisés ;
- un accord, un usage ou un engagement de l’employeur peut prévoir un montant plus favorable ;
- le CSE doit pouvoir vérifier la base de calcul utilisée ;
- le budget AEP doit être comptabilisé séparément du budget ASC.
Exemple : si la masse salariale brute retenue est de 10 000 000 € dans une entreprise de 300 salariés, la subvention annuelle minimale de fonctionnement est de 20 000 €. Si la masse salariale brute est de 100 000 000 € dans une entreprise d’au moins 2 000 salariés, la subvention minimale est de 220 000 €.
Quelle masse salariale retenir ?
Le calcul du budget de fonctionnement repose sur la masse salariale brute. L’article L. 2315-61 précise que cette masse salariale est constituée par l’ensemble des gains et rémunérations soumis à cotisations de sécurité sociale, à l’exception des indemnités versées à l’occasion de la rupture du contrat de travail à durée indéterminée.
Pour les élus, la difficulté pratique consiste à obtenir une base de calcul claire. Le CSE peut demander à l’employeur d’expliquer la masse salariale retenue, les éléments inclus, les éléments exclus, les éventuelles régularisations et la comparaison avec les années précédentes.
Questions à poser à l’employeur
- quelle masse salariale brute a été retenue pour le calcul ?
- quelle période de référence a été utilisée ?
- les données sont-elles issues de la paie ou de la DSN ?
- quels éléments de rémunération sont inclus ?
- quelles indemnités de rupture ont été exclues ?
- le calcul distingue-t-il correctement les budgets AEP et ASC ?
- une régularisation est-elle prévue en fin d’exercice ?
- le montant correspond-il au seuil de 0,20 % ou 0,22 % applicable ?
- un usage ou accord plus favorable existe-t-il ?
- les élus disposent-ils d’un justificatif exploitable ?
Le CSE n’a pas à accepter un montant forfaitaire non expliqué. Une subvention de fonctionnement doit pouvoir être vérifiée à partir d’une base de calcul compréhensible.
Séparer strictement budget AEP et budget ASC
Le budget AEP et le budget ASC répondent à deux finalités différentes. Le budget AEP finance le fonctionnement du CSE et l’exercice de ses attributions. Le budget ASC finance les activités sociales et culturelles au bénéfice des salariés et de leurs familles.
Cette séparation est essentielle. Utiliser le budget de fonctionnement pour financer des chèques cadeaux, des voyages, des repas festifs, des secours, des réductions billetterie ou des prestations sociales peut créer une confusion budgétaire et comptable.
Dépenses relevant en principe du budget AEP
- formation économique des élus titulaires ;
- documentation juridique, économique ou sociale ;
- assistance juridique du CSE ;
- outils de communication du CSE ;
- logiciels de gestion interne du comité ;
- frais comptables du CSE ;
- accompagnement sur les consultations ;
- expertises à la charge totale ou partielle du CSE ;
- frais liés à l’organisation interne du mandat ;
- équipements complémentaires utiles aux missions du CSE.
Dépenses relevant en principe du budget ASC
- chèques cadeaux et bons d’achat ;
- billetterie et loisirs ;
- voyages, sorties, spectacles et événements ;
- participations aux vacances ;
- aides sociales ou secours ;
- cadeaux de naissance, mariage, Noël ou rentrée ;
- activités sportives, culturelles ou familiales ;
- prestations sociales destinées aux salariés.
Le trésorier doit veiller à cette frontière. Lorsqu’une dépense est mixte, le CSE doit analyser sa finalité principale et, si nécessaire, répartir clairement la dépense entre les deux budgets avec une justification écrite.
Dépenses autorisées : financer les moyens du mandat
Le budget de fonctionnement sert à donner au CSE les moyens d’exercer ses missions. La bonne question à poser avant d’engager une dépense est simple : cette dépense permet-elle au comité de fonctionner, de se former, de s’informer, de consulter, de communiquer ou d’exercer ses attributions ?
Le CSE peut utiliser ce budget pour acheter des prestations, outils ou accompagnements utiles à ses missions. Il doit cependant rester prudent : une dépense utile au comité n’est pas nécessairement une dépense imputable au budget AEP si elle relève normalement de l’employeur ou des ASC.
Exemples de dépenses AEP pertinentes
- formation économique des titulaires du CSE ;
- formation complémentaire des élus sur les consultations, les budgets, les comptes, la BDESE ou le rôle du CSE ;
- abonnement à une revue juridique ou sociale ;
- assistance juridique ponctuelle pour sécuriser une décision du CSE ;
- logiciel de comptabilité ou de gestion documentaire du CSE ;
- site internet, newsletter ou outil de communication du CSE ;
- prestataire pour aider à rédiger un règlement intérieur du CSE ;
- expert-comptable ou prestataire comptable du CSE ;
- accompagnement pour analyser une consultation économique ou sociale ;
- matériel complémentaire utile au fonctionnement, lorsque ce matériel ne relève pas déjà de l’obligation de l’employeur.
Le budget AEP doit aussi permettre au CSE de gagner en autonomie. Il peut financer des outils ou conseils qui évitent aux élus de dépendre uniquement des analyses, supports ou prestataires choisis par l’employeur.
Dépenses interdites ou à risque
Certaines dépenses sont manifestement étrangères au budget AEP. D’autres sont plus ambiguës et doivent être analysées avant paiement. Le risque principal est la confusion entre l’intérêt collectif du mandat et une dépense d’avantage, de confort, de communication personnelle ou d’activité sociale.
Le CSE doit pouvoir expliquer chaque dépense à partir de son objet, de son bénéficiaire, de son intérêt pour le mandat et de son rattachement budgétaire.
Dépenses à éviter sur le budget AEP
- chèques cadeaux ou bons d’achat destinés aux salariés ;
- voyages, sorties, repas festifs ou loisirs ;
- aides sociales individuelles ;
- cadeaux aux élus sans lien avec le mandat ;
- dépenses personnelles d’un élu ;
- financement d’une organisation syndicale ;
- dépenses relevant normalement de l’employeur ;
- dépenses sans facture ou justificatif ;
- prestations sans décision du CSE lorsque le montant est significatif ;
- dépenses dont la finalité réelle est une activité sociale ou culturelle.
En cas de doute, il est préférable de faire voter une décision motivée, de demander un avis comptable ou juridique, et de conserver une note expliquant l’imputation retenue.
Formation économique, formations complémentaires et budget AEP
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, les membres titulaires du CSE élus pour la première fois bénéficient d’un stage de formation économique d’une durée maximale de cinq jours. L’article L. 2315-63 du Code du travail prévoit que le financement de cette formation est pris en charge par le CSE.
Le budget AEP peut donc financer cette formation économique. Il peut également financer des formations complémentaires utiles au mandat : lecture des comptes, consultations récurrentes, rôle du trésorier, règlement intérieur, BDESE, communication, gestion des archives, analyse économique ou fonctionnement du CSE.
L’article L. 2315-61 prévoit aussi que le CSE peut décider, par délibération, de consacrer une partie de son budget de fonctionnement au financement de la formation des délégués syndicaux de l’entreprise ainsi qu’à la formation des représentants de proximité, lorsqu’ils existent.
Points de vigilance
- identifier les élus titulaires concernés par la formation économique ;
- prévoir une enveloppe annuelle de formation dans le budget prévisionnel ;
- distinguer formation économique, formation SSCT et formations complémentaires ;
- faire voter les dépenses importantes de formation ;
- vérifier si un accord ou un usage prévoit une prise en charge plus favorable ;
- conserver les conventions, factures, programmes et attestations ;
- anticiper la formation des nouveaux élus en cours de mandat ;
- éviter de consommer tout le budget AEP en formation sans garder de marge pour les consultations et expertises.
Une bonne politique de formation renforce l’autonomie du CSE. Elle doit être pensée sur tout le mandat, et pas seulement au début.
Expertises du CSE et financement sur le budget AEP
Certaines expertises du CSE sont intégralement financées par l’employeur. D’autres sont cofinancées : une partie par l’employeur et une partie par le CSE sur son budget de fonctionnement. Le CSE doit donc anticiper les expertises dans son budget prévisionnel.
L’article L. 2315-80 du Code du travail prévoit notamment que certaines expertises sont prises en charge à 20 % par le CSE sur son budget de fonctionnement et à 80 % par l’employeur. Il prévoit aussi une prise en charge par l’employeur dans certaines hypothèses lorsque le budget de fonctionnement du CSE est insuffisant et n’a pas donné lieu à un transfert d’excédent vers les ASC au cours des trois années précédentes.
Le CSE doit donc éviter de vider son budget AEP sans réflexion. Un transfert excessif vers les ASC ou des dépenses mal priorisées peuvent limiter sa capacité à financer une expertise utile lors d’un projet important, d’une réorganisation ou d’une consultation stratégique.
Questions à poser avant de voter une expertise
- l’expertise est-elle intégralement prise en charge par l’employeur ou cofinancée ?
- quelle part revient au budget de fonctionnement du CSE ?
- le budget AEP disponible est-il suffisant ?
- le CSE a-t-il transféré des excédents vers les ASC les années précédentes ?
- l’expertise est-elle prioritaire au regard des enjeux ?
- un devis détaillé a-t-il été demandé ?
- le périmètre de mission est-il clair ?
- la décision est-elle formalisée par une résolution ?
- la dépense est-elle correctement imputée en comptabilité ?
- les élus ont-ils prévu une marge pour les autres besoins du mandat ?
L’expertise est souvent l’une des dépenses les plus stratégiques du budget AEP. Elle doit être anticipée, décidée collectivement et reliée aux consultations ou risques réellement en cause.
Transfert d’une partie de l’excédent vers les ASC
Le CSE peut décider de transférer une partie de l’excédent annuel de son budget de fonctionnement vers le budget des activités sociales et culturelles. Ce transfert n’est pas libre et illimité. Il doit respecter les conditions prévues par le Code du travail et être décidé par délibération.
L’article R. 2315-31-1 du Code du travail prévoit que l’excédent annuel du budget de fonctionnement peut être transféré au budget ASC dans la limite de 10 % de cet excédent. La somme et ses modalités d’utilisation doivent être inscrites dans les comptes annuels ou documents comptables applicables, ainsi que dans le rapport annuel d’activité et de gestion.
Ce transfert doit être manié avec prudence. Il peut être utile si le CSE dispose d’un excédent réel et durable. Mais il peut devenir dangereux s’il prive le CSE de moyens pour se former, se faire assister, communiquer ou financer une expertise.
Avant de transférer, vérifier
- le montant exact de l’excédent annuel du budget AEP ;
- le plafond de 10 % de cet excédent ;
- les besoins prévisibles du CSE en formation, assistance et expertise ;
- les consultations importantes à venir ;
- les dépenses déjà engagées mais non encore payées ;
- les provisions ou réserves utiles ;
- les conséquences éventuelles sur le financement d’expertises futures ;
- la décision formelle du CSE par délibération ;
- l’inscription du transfert dans les comptes ;
- l’information dans le rapport annuel d’activité et de gestion.
Le transfert n’est jamais une obligation. Le CSE peut parfaitement conserver un excédent AEP pour préparer des actions futures liées au mandat.
Budget AEP et moyens fournis par l’employeur
Le budget de fonctionnement ne remplace pas les autres obligations de l’employeur. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, l’employeur doit notamment mettre à disposition du CSE un local aménagé et le matériel nécessaire à l’exercice de ses fonctions.
L’article L. 2315-25 du Code du travail impose cette mise à disposition. Le CSE ne doit donc pas financer sur son budget AEP ce que l’employeur doit légalement fournir, sauf choix complémentaire du comité ou besoin spécifique non couvert.
Points à distinguer
- local aménagé : obligation de l’employeur ;
- matériel nécessaire de base : obligation de l’employeur ;
- outils complémentaires choisis par le CSE : budget AEP possible ;
- expertises légalement à la charge de l’employeur : pas d’imputation sur le budget AEP ;
- expertises cofinancées : part du CSE imputée sur le budget AEP ;
- formation économique des titulaires : financement par le CSE ;
- activités sociales et culturelles : budget ASC ;
- communication propre du CSE : budget AEP possible.
Cette distinction protège les moyens du CSE. Si le comité paie avec son budget ce qui relève de l’employeur, il réduit artificiellement sa capacité d’action.
Prévoir, voter et tracer les dépenses
Le budget AEP doit être géré collectivement. Le trésorier prépare et suit les éléments financiers, mais les décisions importantes doivent être discutées et votées par le CSE. Une dépense significative ne doit pas reposer sur une décision informelle d’un seul élu.
Le CSE doit se doter de règles internes : seuils de validation, circuit de paiement, pièces justificatives, contrôle des factures, signature des devis, conservation des documents, information des élus et présentation régulière de l’état du budget.
Bonnes pratiques de gestion
- établir un budget prévisionnel AEP en début d’exercice ;
- prévoir des lignes : formation, assistance, communication, outils, comptabilité, expertises ;
- fixer des seuils de dépense nécessitant un vote du CSE ;
- faire voter les dépenses importantes en réunion ;
- conserver devis, factures, conventions, contrats et délibérations ;
- tenir une comptabilité séparée AEP / ASC ;
- présenter régulièrement l’état du budget aux élus ;
- éviter les dépenses sans lien direct avec les missions du CSE ;
- prévoir une réserve pour les consultations et expertises ;
- rendre les comptes lisibles pour les salariés.
Le règlement intérieur du CSE peut préciser les règles de décision et de contrôle. Cela sécurise le trésorier, protège le comité et évite les contestations internes.
Comptes, rapport annuel et transparence
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE doit respecter des obligations comptables. Le budget AEP doit être retracé dans les comptes du comité, séparément des ASC. Les salariés doivent pouvoir comprendre comment le comité utilise ses moyens.
L’article L. 2315-66 du Code du travail prévoit que le CSE fournit des informations sur les transactions significatives qu’il a effectuées. L’article L. 2315-69 du Code du travail prévoit que le CSE établit un rapport présentant des informations qualitatives sur ses activités et sur sa gestion financière, de nature à éclairer l’analyse des comptes par les membres élus et les salariés de l’entreprise.
L’arrêté et l’approbation des comptes constituent aussi des moments importants de contrôle interne. Les élus doivent comprendre les dépenses AEP engagées, les choix effectués, les éventuels transferts vers les ASC et les réserves disponibles.
Informations utiles à présenter
- montant de la subvention AEP reçue ;
- base de calcul communiquée par l’employeur ;
- dépenses de formation ;
- dépenses d’assistance ou de conseil ;
- dépenses de communication ;
- dépenses d’outils et logiciels ;
- expertises financées ou cofinancées ;
- excédent ou déficit du budget AEP ;
- transfert éventuel vers les ASC ;
- réserves conservées pour les besoins futurs du mandat.
La transparence ne consiste pas seulement à publier des chiffres. Elle consiste à expliquer pourquoi le CSE a utilisé ses moyens de cette manière et en quoi ces dépenses ont servi les salariés.
Budget du CSE central et CSE d’établissement
Dans les entreprises comportant plusieurs CSE d’établissement et un CSE central, la répartition du budget de fonctionnement doit être organisée. L’article L. 2315-62 du Code du travail prévoit que, dans les entreprises comportant plusieurs comités sociaux et économiques d’établissement, le budget de fonctionnement du CSE central est déterminé par accord entre le comité central et les comités d’établissement.
Cette règle est importante, car le CSE central peut devoir analyser des consultations stratégiques, économiques ou sociales importantes. Il doit disposer de moyens suffisants pour exercer ses attributions sans priver les CSE d’établissement des moyens nécessaires à leurs propres missions.
Points à organiser dans les entreprises multi-établissements
- répartition du budget entre CSE d’établissement et CSE central ;
- accord écrit fixant les modalités ;
- prise en compte des consultations relevant du CSE central ;
- prise en compte des missions de proximité des CSE d’établissement ;
- financement des expertises ;
- règles de facturation ou contribution interne ;
- suivi comptable séparé ;
- information des trésoriers ;
- réexamen périodique de la clé de répartition ;
- traçabilité des décisions.
Sans accord clair, les tensions peuvent apparaître rapidement entre niveau central et établissements. La clé de répartition doit être cohérente avec les missions exercées par chaque niveau.
Que faire en cas de montant insuffisant ou de désaccord avec l’employeur ?
Un désaccord peut porter sur le montant versé, la masse salariale retenue, la date de versement, une régularisation, une déduction contestée ou la confusion entre moyens fournis par l’employeur et budget AEP. Le CSE doit formaliser ses demandes et inscrire le sujet à l’ordre du jour.
La première étape consiste à demander le détail du calcul. Le CSE peut ensuite voter une résolution demandant une régularisation, faire inscrire ses réserves au procès-verbal et, si nécessaire, solliciter un conseil ou engager une action pour obtenir le respect de ses droits.
Méthode de vérification
- demander la masse salariale brute retenue ;
- vérifier le seuil applicable : 0,20 % ou 0,22 % ;
- comparer avec les années précédentes ;
- identifier les sommes déduites par l’employeur ;
- vérifier si ces déductions sont justifiées ;
- demander une régularisation écrite ;
- faire voter une résolution du CSE ;
- faire figurer le désaccord au procès-verbal ;
- demander un échéancier de versement si besoin ;
- solliciter une assistance juridique si le blocage persiste.
Le CSE doit rester précis. Dire “le budget est insuffisant” est moins efficace que demander le calcul complet, la base retenue, les exclusions appliquées et la régularisation chiffrée.
Préparer le point à l’ordre du jour
Le budget AEP doit être examiné régulièrement par le CSE, notamment au moment du budget prévisionnel, de l’arrêté des comptes, de l’approbation des comptes, d’une dépense importante, d’une expertise, d’un transfert éventuel vers les ASC ou d’un désaccord avec l’employeur.
Exemple de formulation générale
“Budget de fonctionnement AEP du CSE : montant de la subvention versée par l’employeur, base de calcul retenue, suivi des dépenses, budget prévisionnel, besoins de formation, assistance, communication, expertises, séparation avec le budget ASC et décisions éventuelles du comité.”
Exemple en cas de vérification du montant
“Examen du calcul de la subvention de fonctionnement du CSE : masse salariale brute retenue, taux applicable, éléments inclus et exclus, comparaison avec l’exercice précédent, régularisation éventuelle et demande de justificatifs à l’employeur.”
Exemple en cas de dépense importante
“Décision relative à l’utilisation du budget de fonctionnement AEP : examen du besoin, finalité de la dépense, devis, imputation budgétaire, conformité avec les missions du CSE, vote et modalités de suivi.”
Exemple en cas de transfert vers les ASC
“Délibération éventuelle sur le transfert d’une partie de l’excédent annuel du budget de fonctionnement vers le budget ASC : montant de l’excédent, plafond de 10 %, besoins futurs du CSE, conséquences sur les expertises, inscription comptable et information dans le rapport annuel.”
Le libellé doit permettre une décision claire. Les sujets budgétaires doivent être votés et tracés, surtout lorsqu’ils engagent une somme importante ou modifient les équilibres entre AEP et ASC.
Erreurs fréquentes à éviter
Les erreurs sur le budget AEP sont fréquentes, notamment dans les petits et moyens CSE : absence de budget prévisionnel, dépenses ASC imputées au fonctionnement, absence de justificatifs, confusion avec les obligations de l’employeur, transfert trop rapide vers les ASC ou absence de réserve pour les expertises.
Le CSE doit aussi éviter de ne jamais utiliser son budget de fonctionnement. Un budget AEP inutilisé pendant plusieurs années peut révéler un manque de formation, d’assistance ou d’outils pour exercer efficacement le mandat.
À éviter absolument
- utiliser le budget AEP pour des chèques cadeaux ou avantages salariés ;
- ne pas vérifier la base de calcul de la subvention ;
- confondre budget AEP, budget ASC et moyens dus par l’employeur ;
- payer une dépense importante sans vote du CSE ;
- ne pas conserver les justificatifs ;
- transférer l’excédent vers les ASC sans analyser les besoins futurs ;
- ne pas prévoir de marge pour les expertises ;
- ne pas former les élus faute de budget organisé ;
- ne pas présenter régulièrement l’état du budget aux membres du CSE ;
- ne pas expliquer l’utilisation du budget aux salariés dans le rapport annuel.
Un budget de fonctionnement bien utilisé renforce le CSE. Il permet aux élus d’être formés, outillés, autonomes et capables de peser dans les consultations.
Modèles utiles
Modèle de demande de justificatif du calcul de la subvention AEP
Objet : demande de justificatif du calcul de la subvention de fonctionnement du CSE
Madame / Monsieur,
Afin de permettre aux élus de vérifier le montant de la subvention de fonctionnement versée au CSE au titre de l’exercice [année], nous vous remercions de nous transmettre les éléments de calcul utilisés.
Nous souhaitons notamment disposer de la masse salariale brute retenue, de la période de référence, des éléments inclus, des éléments exclus, du taux appliqué au regard de l’effectif de l’entreprise, du montant déjà versé et de la régularisation éventuelle restant à effectuer.
Cette demande s’inscrit dans le cadre de l’article L. 2315-61 du Code du travail, qui prévoit le versement par l’employeur d’une subvention annuelle de fonctionnement au comité social et économique.
Nous vous remercions d’inscrire ce point à l’ordre du jour de la prochaine réunion du CSE si des explications complémentaires sont nécessaires.
Bien cordialement,
[Nom / fonction au sein du CSE]
Modèle de résolution pour engager une dépense AEP
Résolution relative à l’utilisation du budget de fonctionnement AEP
Après examen du besoin présenté en réunion, le CSE décide d’engager une dépense imputée sur le budget de fonctionnement AEP pour l’objet suivant : [formation / assistance juridique / outil de communication / logiciel / accompagnement / expertise / autre].
Cette dépense est justifiée par les missions du comité, notamment [préparation d’une consultation / formation des élus / amélioration du fonctionnement interne / information des salariés / analyse économique / sécurisation juridique / autre motif à préciser].
Le montant prévisionnel est de [montant] € HT / TTC, sur la base du devis ou document présenté en séance. Le trésorier est chargé de procéder aux démarches nécessaires, de conserver les justificatifs et de présenter le suivi de cette dépense lors du prochain point budgétaire.
Résultat du vote : [nombre de voix pour] pour, [nombre de voix contre] contre, [nombre d’abstentions] abstention(s).
Mini check-list budget AEP
- Le montant de la subvention de fonctionnement a-t-il été vérifié ?
- La masse salariale brute retenue est-elle connue et justifiée ?
- Le taux applicable est-il bien de 0,20 % ou 0,22 % selon l’effectif ?
- Le budget AEP est-il comptabilisé séparément du budget ASC ?
- Les dépenses engagées ont-elles un lien clair avec les missions du CSE ?
- Les dépenses importantes ont-elles été votées en réunion ?
- Les justificatifs sont-ils conservés ?
- Une enveloppe est-elle prévue pour la formation des élus ?
- Une réserve est-elle conservée pour les consultations et expertises ?
- Le rapport annuel explique-t-il clairement l’utilisation du budget de fonctionnement ?
FAQ
Le budget de fonctionnement est-il obligatoire dans toutes les entreprises avec CSE ?
La subvention de fonctionnement prévue par l’article L. 2315-61 du Code du travail concerne les CSE des entreprises d’au moins 50 salariés. En dessous de ce seuil, le CSE n’a pas les mêmes attributions ni le même régime budgétaire.
Le CSE peut-il utiliser le budget AEP pour financer des chèques cadeaux ?
Non. Les chèques cadeaux relèvent des activités sociales et culturelles. Le budget AEP finance le fonctionnement du comité et l’exercice de ses missions. Utiliser le budget de fonctionnement pour des avantages salariés créerait une confusion budgétaire.
Le CSE peut-il transférer une partie du budget AEP vers les ASC ?
Oui, mais uniquement une partie de l’excédent annuel du budget de fonctionnement, dans la limite de 10 % de cet excédent. Le transfert doit être décidé par délibération et inscrit dans les documents comptables et le rapport annuel d’activité et de gestion.
Qui paie la formation économique des élus du CSE ?
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, les membres titulaires du CSE élus pour la première fois bénéficient d’une formation économique d’une durée maximale de cinq jours. Le financement de cette formation est pris en charge par le CSE, donc en pratique par son budget de fonctionnement.
Le budget AEP peut-il financer une expertise ?
Oui dans certains cas. Certaines expertises sont prises en charge intégralement par l’employeur, d’autres sont cofinancées à 80 % par l’employeur et 20 % par le CSE sur son budget de fonctionnement. Le CSE doit donc vérifier le régime applicable avant de voter l’expertise.
Pour aller plus loin
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Calculer le budget de fonctionnement du CSE : méthode, base et points de contrôle
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Dépenses autorisées sur le budget AEP : exemples pratiques pour les élus CSE
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Transfert de l’excédent AEP vers les ASC : règles, limites et précautions
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Budget AEP et expertises du CSE : anticiper les dépenses stratégiques
Prochainement Expertise
Références
- Code du travail, article L. 2315-61 : subvention de fonctionnement du CSE, taux de 0,20 % ou 0,22 %, masse salariale brute, formation des délégués syndicaux et représentants de proximité, transfert d’une partie de l’excédent annuel vers les ASC et interdiction de transfert pendant trois ans dans certains cas d’expertise prise en charge par l’employeur.
- Code du travail, article L. 2315-62 : détermination du budget de fonctionnement du CSE central par accord entre le comité central et les comités d’établissement.
- Code du travail, article R. 2315-31-1 : transfert de l’excédent annuel du budget de fonctionnement vers le budget ASC dans la limite de 10 % de cet excédent et inscription dans les documents comptables et le rapport annuel.
- Code du travail, article L. 2315-80 : financement des expertises du CSE, prise en charge par l’employeur ou cofinancement à 80 % par l’employeur et 20 % par le CSE selon les cas.
- Code du travail, article L. 2315-63 : formation économique des membres titulaires du CSE élus pour la première fois dans les entreprises d’au moins 50 salariés et prise en charge financière par le CSE.
- Code du travail, article L. 2315-23 : personnalité civile du CSE dans les entreprises d’au moins 50 salariés, gestion de son patrimoine, désignation du secrétaire et du trésorier.
- Code du travail, article L. 2315-24 : règlement intérieur du CSE déterminant les modalités de fonctionnement du comité et ses rapports avec les salariés pour l’exercice de ses missions.
- Code du travail, article L. 2315-25 : obligation pour l’employeur de mettre à disposition du CSE un local aménagé et le matériel nécessaire à l’exercice de ses fonctions.
- Code du travail, article L. 2315-66 : information sur les transactions significatives effectuées par le CSE.
- Code du travail, article L. 2315-68 : arrêté et approbation des comptes annuels du CSE par les membres élus du comité.
- Code du travail, article L. 2315-69 : rapport annuel d’activité et de gestion du CSE présentant des informations qualitatives sur ses activités et sa gestion financière.
- Code du travail, article L. 2312-15 : obligation pour l’employeur de rendre compte, en la motivant, de la suite donnée aux avis et vœux du CSE.
- Service-Public.fr, “Quels sont les moyens du comité social et économique ?” : repères pratiques sur les budgets du CSE, le budget de fonctionnement et le budget ASC.
- Ministère du Travail, “Le recours à des experts par le CSE” : repères institutionnels sur les expertises du CSE et leurs modalités de financement.
- Ministère du Travail, “Le comité social et économique” : présentation générale du CSE, de ses missions, de ses moyens et de son fonctionnement.
