Un règlement intérieur du CSE peut tenir en quelques pages ou devenir un document de plusieurs dizaines d’articles que personne ne consulte.
Sa qualité ne dépend pas de sa longueur. Il doit surtout répondre aux difficultés concrètes du comité : qui peut engager une dépense, comment préparer une réunion, comment voter une résolution, qui conserve les documents ou comment informer les salariés.
Il ne doit pas être confondu avec le règlement intérieur de l’entreprise. Celui du CSE organise le fonctionnement de l’instance ; celui de l’entreprise est établi par l’employeur et traite notamment de santé, de sécurité et de discipline.
Le règlement intérieur du CSE est-il obligatoire ?
L’article L. 2315-24 du Code du travail prévoit que le comité social et économique détermine, dans un règlement intérieur, les modalités de son fonctionnement et celles de ses rapports avec les salariés de l’entreprise.
Cette disposition figure dans les règles particulières applicables aux entreprises d’au moins 50 salariés. Pour ces CSE, le règlement intérieur constitue le document de référence permettant d’organiser l’exercice de leurs attributions, leur fonctionnement collectif et la gestion de leur patrimoine.
Pour les CSE des entreprises de moins de 50 salariés, le Code du travail ne prévoit pas une obligation équivalente. Rien n’interdit toutefois aux élus d’adopter des règles pratiques pour organiser leurs réunions, la conservation des réclamations ou leurs échanges avec les salariés.
À quoi sert réellement le règlement intérieur ?
Le Code du travail ne fournit pas un modèle complet à recopier. Il appartient au comité d’organiser son propre fonctionnement.
Le règlement intérieur doit permettre de répondre rapidement à des questions telles que :
- qui prépare le projet d’ordre du jour ;
- comment les élus transmettent leurs propositions au secrétaire ;
- qui peut utiliser la carte bancaire du CSE ;
- à partir de quel montant une dépense doit être votée ;
- comment remplacer temporairement le secrétaire ou le trésorier ;
- comment sont comptabilisées les abstentions ;
- qui reçoit les documents confidentiels ;
- quelle version du procès-verbal peut être diffusée aux salariés ;
- comment sont conservés les contrats, factures et décisions ;
- comment le règlement peut être modifié.
Un règlement trop général laisse les difficultés intactes. Un règlement excessivement détaillé devient rapidement obsolète.
Une trame pratique en dix parties
Partie 1
L’objet du règlement et son champ d’application
Préciser la finalité du règlement, sa date d’entrée en vigueur, son articulation avec le Code du travail et les accords collectifs, ainsi que les personnes qui doivent en recevoir une copie.
Exemple : « Le présent règlement intérieur définit les modalités de fonctionnement du CSE et celles de ses rapports avec les salariés, sous réserve des dispositions légales, réglementaires et conventionnelles en vigueur. »
Partie 2
Les fonctions du secrétaire et du trésorier
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE désigne parmi ses membres titulaires un secrétaire et un trésorier, conformément à l’article L. 2315-23 du Code du travail.
Le règlement peut préciser leurs missions, leur remplacement, les délégations internes et les conditions de restitution des documents et accès.
Partie 3
La préparation des réunions
Organiser la transmission des propositions de points, la préparation collective des élus, la circulation des documents, l’accès des suppléants aux informations et le traitement des documents tardifs ou incomplets.
Partie 4
Le déroulement des réunions
Prévoir l’ordre des débats, les suspensions de séance, les prises de parole, les conditions d’intervention d’un invité, la visioconférence, la présentation des commissions et le traitement des questions diverses.
Partie 5
Les votes et les résolutions
L’article L. 2315-32 du Code du travail prévoit que les résolutions sont prises à la majorité des membres présents. Le règlement peut préciser les modalités de vote, le décompte des voix, les abstentions et la conservation du résultat.
Partie 6
La rédaction et la diffusion du procès-verbal
Définir le format du projet, sa transmission, les demandes de correction, l’adoption, la conservation des versions et la diffusion aux salariés. Le procès-verbal adopté peut être diffusé selon les modalités prévues par le règlement intérieur.
Partie 7
Les budgets, dépenses et remboursements
Préciser les personnes autorisées à engager une dépense, les plafonds, les moyens de paiement, les justificatifs, les remboursements de frais, les avances et les dépenses nécessitant une résolution.
Partie 8
La communication avec les salariés
Organiser l’affichage, la messagerie, l’intranet, le site du CSE, les permanences, les réunions d’information, le recueil des réclamations et la confidentialité des échanges individuels.
Partie 9
La confidentialité, les données et les archives
Définir les accès aux documents, le stockage sécurisé, la protection des données personnelles, la conservation des procès-verbaux, l’archivage des contrats et la transmission des documents à la nouvelle mandature.
Partie 10
La modification du règlement intérieur
Prévoir qui peut proposer une modification, comment le projet est communiqué et inscrit à l’ordre du jour, la procédure de vote, la date d’entrée en vigueur et la conservation des versions successives.
Quelles clauses nécessitent l’accord de l’employeur ?
Le second alinéa de l’article L. 2315-24 du Code du travail prévoit que, sauf accord de l’employeur, le règlement intérieur ne peut comporter de clauses lui imposant des obligations qui ne résultent pas de dispositions légales.
Sont notamment susceptibles de nécessiter son accord :
- l’attribution d’un crédit d’heures supplémentaire ;
- la prise en charge de frais non prévue par les textes ;
- le financement d’un abonnement ou d’un matériel supplémentaire ;
- la rémunération d’un temps non assimilé légalement à du temps de travail ;
- une indemnité particulière ;
- la mise à disposition d’un salarié administratif ;
- des réunions ou préparations payées au-delà des obligations applicables.
Que vaut l’accord de l’employeur ?
Lorsque l’employeur accepte une clause créant une obligation supplémentaire, cet accord constitue un engagement unilatéral. Il est donc préférable d’identifier clairement dans le règlement les clauses auxquelles l’employeur a expressément consenti.
Comment adopter le règlement intérieur ?
- Préparer un projet — à partir des besoins réels du comité, avec le secrétaire, un groupe de travail ou plusieurs élus.
- Vérifier les accords applicables — accord de mise en place du CSE, accord BDESE, commissions, réunions et engagements existants.
- Inscrire l’adoption à l’ordre du jour — par exemple : « Examen et adoption du projet de règlement intérieur du CSE. »
- Examiner les clauses — distinguer les règles internes, les obligations légales et les clauses nécessitant l’accord de l’employeur.
- Voter une résolution — selon la majorité des membres présents prévue à l’article L. 2315-32.
- Conserver et diffuser la version adoptée — version datée, rattachée au procès-verbal, transmise aux membres et archivée.
Comment modifier le règlement intérieur ?
La modification suit une procédure comparable à son adoption :
- identifier la clause concernée ;
- préparer une nouvelle rédaction ;
- inscrire la modification à l’ordre du jour ;
- communiquer le projet aux membres ;
- débattre et voter ;
- dater la nouvelle version ;
- conserver la version antérieure.
Il est déconseillé de modifier directement le fichier sans résolution, car il deviendrait difficile de démontrer quelle version a réellement été adoptée.
Que devient le règlement après les élections ?
Le Code du travail ne prévoit pas que le règlement intérieur disparaît automatiquement à chaque renouvellement des élus.
En pratique, il peut continuer à être utilisé tant qu’il n’est pas remplacé ou modifié. Cette continuité ne doit toutefois pas empêcher la nouvelle mandature de l’examiner.
Cette vérification permet d’actualiser les fonctions internes, les règles bancaires, les accès numériques, les procédures de dépenses et les clauses devenues obsolètes.
Les clauses à éviter
Imposer une dépense nouvelle à l’employeur
Une telle clause nécessite son accord lorsqu’elle ne résulte pas d’un texte ou d’un accord applicable.
Créer un crédit d’heures supplémentaire
Le règlement intérieur ne peut pas augmenter unilatéralement les heures de délégation.
Prévoir un quorum général
Le comité ne doit pas ajouter une condition de validité que le Code du travail ne prévoit pas pour ses résolutions.
Exclure systématiquement le président de tous les votes
Son exclusion légale concerne les consultations dans lesquelles il consulte les élus en tant que délégation du personnel.
Déclarer toutes les informations confidentielles
Une confidentialité générale peut entraver l’exercice du mandat et ne respecte pas les conditions légales.
Donner tous les pouvoirs au secrétaire ou au trésorier
Ces fonctions assurent l’exécution et le suivi des décisions ; elles ne remplacent pas le vote collectif.
Autoriser des dépenses sans justificatif
Une telle règle fragilise le contrôle interne, la comptabilité et la responsabilité des élus.
Interdire toute modification pendant la mandature
Le règlement doit pouvoir évoluer lorsqu’une règle devient inadaptée, obsolète ou illégale.
Check-list avant adoption
Questions fréquentes
L’employeur peut-il rédiger seul le règlement intérieur du CSE ?
Non. Le règlement organise le fonctionnement du comité et doit être adopté par celui-ci. L’employeur peut présenter des observations et son accord est nécessaire lorsque certaines clauses lui imposent des obligations supplémentaires.
Existe-t-il un modèle officiel ?
Le Code du travail ne fournit pas de modèle général. Chaque CSE doit adapter son règlement à son organisation, à ses commissions, à ses budgets et aux accords applicables.
Le règlement doit-il être signé ?
La signature n’est pas la condition essentielle de sa validité. La sécurité repose surtout sur une adoption régulière, un résultat de vote consigné dans le procès-verbal et une version clairement datée.
Peut-il prévoir un vote secret ?
Oui, pour certaines décisions internes, à condition que cette modalité ne contredise pas une règle légale particulière.
Peut-il donner au trésorier le droit d’engager toutes les dépenses ?
Il est préférable de définir des plafonds, les dépenses courantes autorisées et celles nécessitant une résolution du comité.
Peut-il prévoir des heures de délégation supplémentaires ?
Seulement si cette augmentation résulte d’un accord applicable ou d’un engagement accepté par l’employeur.
Faut-il le refaire après chaque élection ?
Le Code du travail n’impose pas une réadoption automatique. Une vérification et une confirmation par la nouvelle mandature sont néanmoins fortement recommandées.
À retenir
- Organiser clairement les responsabilités.
- Sécuriser les votes et les résolutions.
- Encadrer les dépenses et les remboursements.
- Prévoir la diffusion des décisions.
- Protéger les documents et les données.
- Intégrer les obligations comptables.
- Respecter les accords applicables.
- Ne pas imposer unilatéralement de charges nouvelles à l’employeur.
- Prévoir une procédure de modification.
- Faire connaître et utiliser réellement le règlement.
Pour aller plus loin
Références juridiques
Code du travail
- Article L. 2315-23 — Secrétaire et trésorier
- Article L. 2315-24 — Règlement intérieur du CSE
- Article L. 2315-32 — Votes et résolutions
- Article L. 2315-35 — Diffusion du procès-verbal
- Articles relatifs à la commission des marchés
