Saisir l’inspection du travail
Saisir l’inspection du travail est un levier important pour les élus du CSE lorsque l’application du droit du travail pose difficulté : documents non transmis, consultation irrégulière, risque professionnel, absence de CSE, entrave au fonctionnement du comité, non-respect des règles de santé-sécurité, salaires, durée du travail, affichages, registres ou conventions collectives. La saisine doit être factuelle, documentée et bien orientée. Elle ne remplace pas le dialogue avec l’employeur ni, dans certains cas, le recours au juge, mais elle permet d’alerter l’autorité chargée du contrôle de l’application du droit du travail.
À retenir
- Les membres de la délégation du personnel au CSE peuvent saisir l’inspection du travail des plaintes et observations relatives à l’application des dispositions légales dont elle assure le contrôle.
- Une saisine utile doit être précise : faits datés, textes concernés, documents disponibles, démarches déjà faites auprès de l’employeur, demande formulée.
- L’inspection du travail ne se substitue pas au CSE, ne rend pas un avis à la place du comité et ne tranche pas tous les litiges individuels comme un juge.
- En cas de visite de l’agent de contrôle dans l’entreprise, les membres du CSE doivent être informés de sa présence et peuvent présenter leurs observations.
- Dans les situations graves, notamment en santé-sécurité ou en cas de danger grave et imminent, l’alerte doit être rapide et accompagnée de mesures de protection immédiates.
- La saisine doit être suivie : relance, inscription à l’ordre du jour, procès-verbal, tableau de suivi et information maîtrisée des salariés.
Définir la saisine de l’inspection du travail par le CSE
Saisir l’inspection du travail consiste à porter à la connaissance de l’agent de contrôle une difficulté relative à l’application du droit du travail ou des stipulations conventionnelles dont il assure le contrôle. La saisine peut prendre la forme d’un courrier, d’un courriel, d’un signalement documenté, d’une demande de rendez-vous ou d’observations présentées lors d’une visite.
L’article L. 2312-5 du Code du travail prévoit que les membres de la délégation du personnel au CSE peuvent saisir l’inspection du travail de toutes les plaintes et observations relatives à l’application des dispositions légales dont elle est chargée d’assurer le contrôle.
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, cette faculté reste pleinement utile. Elle complète les autres moyens du CSE : réclamations, demandes de documents, inscriptions à l’ordre du jour, avis, droits d’alerte, expertises, procès-verbaux et, lorsque cela est nécessaire, action judiciaire.
Un levier de contrôle, pas un réflexe automatique
La saisine doit être utilisée avec méthode. Il ne s’agit pas d’envoyer à l’inspection du travail chaque désaccord avec l’employeur. Il s’agit de signaler une difficulté relevant du contrôle de l’inspection, lorsque le sujet est sérieux, documenté, persistant ou lorsqu’une intervention extérieure peut être utile pour faire respecter le droit.
Comprendre le rôle de l’inspection du travail
L’inspection du travail veille à l’application des dispositions du Code du travail, des autres dispositions légales relatives au régime du travail, ainsi que des stipulations des conventions et accords collectifs de travail répondant aux conditions prévues par le Code du travail.
L’article L. 8112-1 du Code du travail prévoit que les agents de contrôle de l’inspection du travail sont chargés de veiller à cette application. Ils sont également chargés, concurremment avec les officiers et agents de police judiciaire, de constater les infractions à ces dispositions et stipulations.
L’inspection du travail dispose de plusieurs moyens d’intervention : information, contrôle, observation, demande de régularisation, mise en demeure lorsque le texte le prévoit, procès-verbal d’infraction, décision administrative dans certains domaines, intervention en santé-sécurité ou participation à certaines réunions lorsque la procédure l’exige.
Ce que l’inspection du travail peut faire
- Contrôler l’application du Code du travail et de certaines stipulations conventionnelles.
- Se rendre dans l’entreprise pour effectuer une visite ou une enquête.
- Demander la présentation de documents obligatoires.
- Recueillir des informations utiles au contrôle.
- Formuler des observations ou demandes de régularisation.
- Constater certaines infractions.
- Intervenir dans certaines procédures prévues par les textes, notamment en santé-sécurité.
Ce qu’elle ne fait pas toujours
L’inspection du travail ne remplace pas le juge prud’homal, le tribunal judiciaire, l’avocat du CSE ou l’expert du comité. Elle ne tranche pas tous les désaccords internes, ne rédige pas l’avis du CSE et ne se substitue pas aux élus pour porter une position collective. Elle intervient dans son champ de compétence et selon ses priorités de contrôle.
Identifier les situations qui justifient une saisine
La saisine de l’inspection du travail est particulièrement pertinente lorsque la difficulté concerne une règle légale ou conventionnelle contrôlée par l’inspection, lorsque le sujet présente un enjeu collectif, lorsqu’il touche à la santé ou à la sécurité, ou lorsque les demandes du CSE restent sans réponse.
Fonctionnement du CSE
- Absence de mise en place du CSE alors que les conditions sont réunies.
- Réunions non organisées ou convocations irrégulières.
- Ordres du jour bloqués ou documents non transmis.
- Consultation du CSE absente, tardive ou manifestement insuffisante.
- Refus de moyens nécessaires au mandat : heures de délégation, local, affichage, accès aux salariés.
- Entrave au fonctionnement régulier du CSE.
Application du droit du travail
- Non-respect des règles relatives aux salaires, à la durée du travail, aux repos, aux congés ou aux affichages obligatoires.
- Difficultés d’application d’une convention collective ou d’un accord collectif.
- Recours problématique aux CDD, à l’intérim, à la sous-traitance ou aux travailleurs détachés.
- Défaut de tenue ou de présentation de registres et documents obligatoires.
Santé, sécurité et conditions de travail
- Risque grave, accident du travail, maladie professionnelle ou presque-accident non analysé.
- DUERP absent, non mis à jour ou insuffisant.
- Mesures de prévention insuffisantes malgré des alertes répétées.
- Danger grave et imminent ou divergence sur les mesures à prendre.
- Harcèlement, discrimination ou atteinte aux droits des personnes lorsque l’employeur ne traite pas correctement la situation.
Le bon critère n’est pas seulement la gravité ressentie par les élus. Il faut aussi vérifier si les faits sont suffisamment précis, si l’inspection est compétente et si la demande formulée est claire.
Préparer une saisine factuelle et exploitable
Une saisine efficace doit permettre à l’agent de contrôle de comprendre rapidement la situation. Les élus doivent éviter les courriers trop généraux, les accusations non documentées ou les formulations uniquement émotionnelles. La force d’une saisine repose sur les faits.
Informations à réunir
- Nom de l’entreprise, adresse de l’établissement concerné et effectif approximatif.
- Identification du CSE ou des élus auteurs de la saisine.
- Faits précis : dates, lieux, services concernés, personnes ou catégories de salariés exposées.
- Textes ou règles concernés, lorsque les élus les ont identifiés.
- Démarches déjà effectuées auprès de l’employeur : mails, questions CSE, demandes de documents, alertes.
- Réponses de l’employeur ou absence de réponse.
- Documents utiles : ordre du jour, procès-verbal, courriels, photos, registres, extraits de documents, tableaux, signalements.
- Demande adressée à l’inspection : contrôle, avis sur la règle applicable, intervention, présence à une réunion, examen d’un blocage.
La saisine peut être courte si elle est bien structurée. Il est souvent préférable de présenter une synthèse de deux pages avec pièces jointes, plutôt qu’un dossier volumineux sans hiérarchie.
Formule utile
Les élus peuvent formuler la demande ainsi : “Nous saisissons l’inspection du travail au titre de l’article L. 2312-5 du Code du travail afin de porter à votre connaissance les faits suivants, qui nous semblent relever de l’application des dispositions légales dont vous assurez le contrôle.”
Choisir le bon mode de saisine
La saisine peut être faite par un ou plusieurs membres de la délégation du personnel au CSE. Selon les sujets, elle peut être individuelle, collective ou décidée par une délibération du CSE. Le choix dépend de la nature du dossier, de son urgence et de l’objectif poursuivi.
Saisine par un élu
Un membre du CSE peut saisir l’inspection du travail lorsqu’il constate une difficulté relevant du contrôle de l’inspection. Cette possibilité est utile lorsqu’une situation doit être signalée rapidement ou lorsque l’élu porte une observation précise.
Saisine collective des élus
Une saisine signée par plusieurs élus ou par le secrétaire du CSE peut renforcer la portée collective du signalement. Elle est adaptée aux sujets de fonctionnement du comité, aux consultations irrégulières, aux difficultés collectives ou aux risques touchant plusieurs salariés.
Saisine après délibération du CSE
Pour les sujets sensibles, le CSE peut adopter une résolution décidant de saisir l’inspection du travail. Cette méthode permet de tracer officiellement la position du comité, de préciser la demande et de joindre la délibération au courrier.
Quelle que soit la forme choisie, les élus doivent conserver une copie de la saisine et des pièces transmises. Ils peuvent aussi inscrire le suivi du dossier à l’ordre du jour d’une prochaine réunion du CSE.
Présenter des observations lors d’une visite de l’inspection du travail
La visite de l’inspection du travail dans l’entreprise est un moment important pour le CSE. Les élus peuvent présenter leurs observations, signaler des difficultés, accompagner l’agent de contrôle si celui-ci le souhaite et transmettre les éléments utiles.
L’article L. 2312-10 du Code du travail prévoit que, lors des visites de l’agent de contrôle de l’inspection du travail, les membres de la délégation du personnel au CSE sont informés de sa présence par l’employeur et peuvent présenter leurs observations. L’agent de contrôle peut se faire accompagner par un membre de la délégation du personnel du comité, si ce dernier le souhaite.
Les agents de contrôle disposent également d’un droit d’entrée dans les établissements où les règles du travail sont applicables, afin d’y assurer la surveillance et les enquêtes dont ils sont chargés, conformément à l’article L. 8113-1 du Code du travail.
Préparer les observations des élus
- Identifier les sujets prioritaires à signaler.
- Préparer des faits précis et des documents utiles.
- Éviter les longues digressions ou les conflits internes non reliés au droit du travail.
- Demander, lorsque cela est utile, que l’agent examine un document, un poste, un registre ou une situation de travail.
- Conserver une trace interne de ce qui a été présenté.
- Informer le CSE des suites sans divulguer des informations confidentielles ou personnelles.
Une visite ne s’improvise pas totalement. Le CSE peut tenir à jour une liste de sujets à signaler en cas de passage de l’inspection du travail : risques, documents manquants, consultations irrégulières, difficultés récurrentes et engagements non tenus.
Saisir l’inspection du travail en santé-sécurité
La santé, la sécurité et les conditions de travail sont des domaines dans lesquels la saisine de l’inspection du travail peut être décisive. Elle peut intervenir après des accidents, des alertes, des inspections du CSE, des constats de risques ou des refus de l’employeur de mettre en œuvre des mesures de prévention suffisantes.
Les agents de contrôle peuvent se faire présenter, au cours de leurs visites, les livres, registres et documents rendus obligatoires par le Code du travail ou par une disposition légale relative au régime du travail, conformément à l’article L. 8113-4 du Code du travail. Ils peuvent aussi se faire communiquer certains documents ou éléments d’information utiles à la constatation de faits, dans les conditions prévues par l’article L. 8113-5.
Sujets SSCT souvent pertinents
- Absence ou insuffisance du DUERP.
- Absence d’analyse après accident du travail grave ou incidents répétés.
- Non-respect des règles de prévention sur un poste ou un équipement.
- Défaut de formation ou d’information des salariés exposés.
- Mesures de prévention insuffisantes face à un risque connu.
- Non-respect des obligations relatives aux entreprises extérieures, plans de prévention ou protocoles de sécurité.
- Risque psychosocial grave et documenté.
- Situation de harcèlement ou d’atteinte aux droits mal traitée par l’employeur.
La saisine doit viser la protection des salariés. Les élus doivent donc indiquer les mesures déjà demandées, les réponses obtenues, les salariés exposés et les mesures immédiates qu’ils estiment nécessaires.
Agir en cas de danger grave et imminent
En cas de danger grave et imminent, la procédure est spécifique et urgente. L’inspection du travail peut intervenir lorsque la procédure prévue par le Code du travail révèle une divergence ou une situation non maîtrisée.
L’article L. 2312-60 du Code du travail prévoit que le membre de la délégation du personnel au CSE exerce les droits d’alerte en situation de danger grave et imminent dans les conditions prévues aux articles L. 4132-1 à L. 4132-5.
Lorsque le représentant du personnel signale un danger grave et imminent, l’employeur doit procéder immédiatement à une enquête avec lui et prendre les dispositions nécessaires pour y remédier, conformément à l’article L. 4132-2 du Code du travail.
En cas de divergence sur la réalité du danger ou sur la façon de le faire cesser, l’article L. 4132-3 du Code du travail prévoit que le CSE est réuni d’urgence dans un délai n’excédant pas vingt-quatre heures. L’employeur informe immédiatement l’agent de contrôle de l’inspection du travail et l’agent du service de prévention de la caisse régionale d’assurance maladie, qui peuvent assister à la réunion.
Réflexes des élus
- Consigner l’avis de danger grave et imminent dans le registre spécial.
- Demander l’enquête immédiate avec l’employeur.
- Tracer les mesures de protection immédiates demandées.
- Demander la réunion d’urgence du CSE en cas de divergence.
- Vérifier que l’inspection du travail est informée lorsque la procédure le prévoit.
- Conserver les éléments de preuve : registre, photos, témoignages, courriels, procès-verbal.
Dans ce cadre, la priorité n’est pas de constituer un dossier parfait. Elle est de protéger immédiatement les travailleurs exposés, puis de documenter les suites données.
Utiliser la saisine en cas de consultation irrégulière ou d’entrave
Le CSE peut saisir l’inspection du travail lorsque l’employeur ne respecte pas les règles de fonctionnement du comité : absence de consultation, information insuffisante, documents non transmis, réunion non tenue, refus de moyens, pression sur les élus ou empêchement du fonctionnement régulier du comité.
L’article L. 2312-15 impose que le CSE dispose d’un délai d’examen suffisant et d’informations précises et écrites pour rendre ses avis. Lorsque les informations sont insuffisantes, le CSE peut aussi saisir le président du tribunal judiciaire selon la procédure prévue par ce même article. L’inspection du travail peut être alertée, mais elle ne remplace pas nécessairement le juge lorsque le CSE cherche à obtenir des documents ou à contester une consultation.
Le délit d’entrave est prévu par l’article L. 2317-1 du Code du travail. Le fait d’apporter une entrave à la constitution du CSE ou à la libre désignation de ses membres peut être puni d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 7 500 euros. Le fait d’apporter une entrave à son fonctionnement régulier est puni d’une amende de 7 500 euros.
Situations à documenter
- Consultation engagée alors que le projet est déjà décidé ou mis en œuvre.
- Refus de transmettre des documents nécessaires à l’avis du CSE.
- Absence de réunion obligatoire ou refus d’inscrire un point obligatoire.
- Non-respect des heures de délégation ou pression sur les élus.
- Refus d’accès au local, aux panneaux d’affichage ou aux moyens du CSE.
- Non-respect des règles électorales ou absence de mise en place du CSE.
Il faut toutefois utiliser le terme “entrave” avec précision. Dans un courrier, il est souvent plus efficace de décrire les faits et leurs conséquences sur le fonctionnement du CSE que d’ouvrir immédiatement par une accusation générale.
Protéger la confidentialité des salariés et des témoins
Une saisine peut contenir des informations sensibles : santé, harcèlement, discrimination, rémunération, conflit, accident, arrêt de travail, témoignage ou situation personnelle. Les élus doivent donc préparer les pièces transmises avec prudence.
La saisine doit permettre à l’inspection du travail de comprendre les faits, mais elle ne doit pas exposer inutilement des salariés. Lorsque l’identification d’une personne n’est pas nécessaire, il est préférable d’anonymiser ou de présenter les situations par service, poste ou catégorie. Lorsque l’identification est nécessaire à l’examen du dossier, les élus doivent informer la personne concernée et limiter les informations transmises à ce qui est utile.
Bonnes pratiques
- Demander l’accord du salarié avant de transmettre des éléments nominaux lorsque cela est possible.
- Anonymiser les témoignages lorsque l’identité n’est pas indispensable.
- Éviter les détails personnels sans lien direct avec le contrôle demandé.
- Séparer les pièces sensibles des documents généraux.
- Indiquer clairement les risques de représailles ou de pression si les salariés concernés sont exposés.
- Conserver une copie sécurisée du dossier transmis.
La protection des salariés est particulièrement importante en matière de harcèlement, de discrimination, de santé mentale, de droit de retrait, d’accident ou de dénonciation de pratiques illicites.
Suivre les suites de la saisine
La saisine ne suffit pas. Les élus doivent organiser un suivi. L’inspection du travail peut répondre, demander des compléments, effectuer une visite, échanger avec l’employeur, formuler des observations ou ne pas donner immédiatement de retour détaillé. Le CSE doit donc continuer à agir dans son propre cadre.
Suivi recommandé
- Conserver la preuve de l’envoi de la saisine.
- Noter la date, l’objet, les pièces transmises et les élus signataires.
- Inscrire un point de suivi à l’ordre du jour du CSE lorsque le sujet est collectif.
- Faire acter au procès-verbal les réponses de l’employeur et les suites attendues.
- Relancer l’inspection du travail si des faits nouveaux ou une aggravation apparaissent.
- Informer les salariés concernés avec prudence, sans divulguer des informations confidentielles.
- Examiner si un autre levier est nécessaire : droit d’alerte, expertise, action judiciaire, demande de documents.
Le procès-verbal du CSE reste un outil central. Les délibérations et échanges du comité doivent être consignés dans un procès-verbal établi par le secrétaire, conformément à l’article L. 2315-34 du Code du travail.
Lorsque le sujet intéresse les salariés, le CSE peut communiquer de manière maîtrisée. L’article L. 2315-35 du Code du travail prévoit que le procès-verbal des réunions du CSE peut, après adoption, être affiché ou diffusé dans l’entreprise par le secrétaire selon les modalités prévues par le règlement intérieur du comité.
Articuler inspection du travail, juge et autres acteurs
L’inspection du travail est un acteur important, mais elle n’est pas toujours le seul recours. Selon la difficulté, le CSE peut aussi saisir le tribunal judiciaire, recourir à un expert, alerter le médecin du travail, solliciter la CARSAT ou le service de prévention compétent, accompagner un salarié vers le conseil de prud’hommes ou demander un conseil juridique.
Inspection du travail
Elle est pertinente pour le contrôle de l’application du droit du travail, les observations relatives aux règles contrôlées, les situations de santé-sécurité, les documents obligatoires, les élections, l’entrave, les durées du travail ou certaines procédures prévues par le Code du travail.
Tribunal judiciaire
Il peut être nécessaire lorsque le CSE veut obtenir judiciairement des informations nécessaires à une consultation, contester une procédure, agir contre une entrave ou faire trancher un litige relatif au fonctionnement du comité.
Conseil de prud’hommes
Il est compétent pour les litiges individuels entre salarié et employeur : rappel de salaire, sanction, licenciement, discrimination individuelle, exécution du contrat de travail. Le CSE peut accompagner ou orienter, mais il ne se substitue pas au salarié.
Acteurs de prévention
Le médecin du travail, le service de prévention et de santé au travail, la CARSAT ou les organismes de prévention peuvent être utiles lorsque le sujet concerne la santé, la sécurité, l’ergonomie, les accidents, les maladies professionnelles ou les risques psychosociaux.
Le bon réflexe consiste à choisir le levier adapté à l’objectif : contrôler l’application du droit, obtenir un document, faire cesser un risque, faire reconnaître un droit individuel, rendre un avis éclairé ou engager la responsabilité de l’employeur.
Éviter les erreurs fréquentes
Une saisine mal préparée peut perdre en efficacité. Les élus doivent éviter les courriers trop longs, les dossiers non hiérarchisés, les accusations générales, les pièces non expliquées ou les demandes qui ne relèvent pas de l’inspection du travail.
Erreurs à éviter
- Saisir l’inspection sans faits précis ni documents.
- Mélanger dans le même courrier trop de sujets sans priorité.
- Demander à l’inspection de trancher un désaccord qui relève du juge.
- Transmettre des données personnelles inutiles.
- Ne pas informer le CSE du suivi d’un sujet collectif.
- Ne pas relancer l’employeur dans le cadre du CSE.
- Utiliser le terme “entrave” sans décrire les faits précis.
- Attendre la fin d’un délai de consultation pour signaler que les documents sont insuffisants.
- Ne pas conserver de copie de la saisine et des pièces jointes.
La saisine doit rester un acte professionnel du CSE. Elle gagne à être courte, structurée, factuelle et centrée sur une demande claire.
Modèles utiles
Modèle de courrier de saisine de l’inspection du travail par des élus du CSE
Madame / Monsieur l’agent de contrôle de l’inspection du travail,
Nous vous saisissons en notre qualité de membres de la délégation du personnel au CSE de [nom de l’entreprise / établissement], sur le fondement de l’article L. 2312-5 du Code du travail.
Nous souhaitons porter à votre connaissance les faits suivants, qui nous semblent relever de l’application des dispositions légales dont l’inspection du travail assure le contrôle :
- Entreprise / établissement concerné : [nom, adresse, effectif approximatif]
- Sujet de la saisine : [consultation du CSE / santé-sécurité / durée du travail / entrave / documents obligatoires / autre]
- Faits constatés : [description précise, dates, services concernés, salariés ou catégories de salariés concernés]
- Démarches déjà effectuées : [questions posées en CSE, courriels, demandes de documents, alertes, réponses de l’employeur]
- Documents joints : [ordre du jour, procès-verbal, courriels, photos, extraits de documents, registre, autres pièces]
Nous sollicitons votre intervention ou vos observations sur cette situation, et vous remercions de bien vouloir nous indiquer les suites que vous pourrez donner à ce signalement ou les compléments d’information nécessaires à son examen.
Nous attirons votre attention, le cas échéant, sur le caractère sensible de certaines informations transmises et sur la nécessité de préserver la confidentialité des salariés concernés.
Nous vous prions d’agréer, Madame / Monsieur l’agent de contrôle, l’expression de nos salutations distinguées.
[Nom / qualité / coordonnées / pour les élus signataires]
Mini check-list avant de saisir l’inspection du travail
- Le sujet relève-t-il bien de l’application du Code du travail ou d’une règle contrôlée par l’inspection ?
- Les faits sont-ils précis, datés et vérifiables ?
- Les démarches déjà faites auprès de l’employeur sont-elles identifiées ?
- Les documents utiles sont-ils réunis et classés ?
- La demande adressée à l’inspection est-elle claire ?
- Les données personnelles ou sensibles sont-elles limitées au nécessaire ?
- Le CSE doit-il adopter une résolution avant la saisine ?
- La saisine doit-elle être transmise en urgence ?
- Un suivi en réunion CSE est-il prévu ?
- Un autre levier est-il nécessaire en parallèle : droit d’alerte, expertise, tribunal judiciaire, conseil juridique ?
FAQ
Un élu du CSE peut-il saisir seul l’inspection du travail ?
Oui. Les membres de la délégation du personnel au CSE peuvent saisir l’inspection du travail des plaintes et observations relatives à l’application des dispositions légales dont elle assure le contrôle. Pour un sujet collectif important, une saisine signée par plusieurs élus ou décidée par une résolution du CSE peut toutefois être plus lisible.
Faut-il prévenir l’employeur avant de saisir l’inspection du travail ?
Ce n’est pas toujours obligatoire. En pratique, il est souvent utile d’avoir d’abord formulé une demande écrite à l’employeur, sauf urgence, risque grave, danger, pression sur les salariés ou situation nécessitant une intervention rapide. La saisine doit expliquer les démarches déjà effectuées ou les raisons de l’urgence.
L’inspection du travail peut-elle régler un litige individuel de salaire ou de licenciement ?
L’inspection du travail peut contrôler l’application de certaines règles, mais elle ne remplace pas le conseil de prud’hommes pour trancher un litige individuel entre salarié et employeur. Le CSE peut signaler une pratique collective ou une règle non respectée, mais le salarié devra parfois agir personnellement pour obtenir une réparation.
Que faire si l’employeur ne prévient pas le CSE de la visite de l’inspection du travail ?
Les élus peuvent rappeler que, lors des visites de l’agent de contrôle, les membres de la délégation du personnel au CSE doivent être informés de sa présence par l’employeur et peuvent présenter leurs observations. Cette difficulté peut être inscrite à l’ordre du jour et signalée à l’inspection du travail si elle se répète.
Saisir l’inspection du travail suffit-il à suspendre une consultation du CSE ?
Non. La saisine de l’inspection du travail ne suspend pas automatiquement les délais de consultation. Si le CSE estime ne pas disposer des informations nécessaires pour rendre un avis éclairé, il doit réagir rapidement et, si nécessaire, utiliser les voies prévues par le Code du travail, notamment la saisine du tribunal judiciaire dans les conditions applicables.
Pour aller plus loin
-
Rédiger une saisine efficace de l’inspection du travail
Prochainement Méthode -
Inspection du travail et visite en entreprise : rôle des élus du CSE
Prochainement Visite -
Saisine de l’inspection du travail ou du tribunal judiciaire : choisir le bon recours
Prochainement Recours -
Entrave au fonctionnement du CSE : préparer un signalement
Prochainement Entrave
Références
- Code du travail, article L. 2312-5 : possibilité pour les membres de la délégation du personnel au CSE de saisir l’inspection du travail des plaintes et observations relatives à l’application des dispositions légales dont elle assure le contrôle.
- Code du travail, article L. 2312-10 : information des membres du CSE lors des visites de l’inspection du travail et possibilité de présenter des observations.
- Code du travail, article L. 2312-15 : avis du CSE, informations précises et écrites, délai d’examen suffisant, réponse motivée de l’employeur et recours possible en cas d’informations insuffisantes.
- Code du travail, article L. 2312-59 : droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits des personnes, à leur santé physique ou mentale ou aux libertés individuelles.
- Code du travail, article L. 2312-60 : droit d’alerte du membre de la délégation du personnel au CSE en cas de danger grave et imminent et en matière de santé publique et d’environnement.
- Code du travail, article L. 4132-2 : enquête immédiate avec l’employeur après signalement d’un danger grave et imminent par un représentant du personnel.
- Code du travail, article L. 4132-3 : réunion d’urgence du CSE en cas de divergence sur un danger grave et imminent et information immédiate de l’inspection du travail et du service de prévention compétent.
- Code du travail, article L. 8112-1 : mission des agents de contrôle de l’inspection du travail de veiller à l’application du Code du travail et de constater les infractions.
- Code du travail, articles L. 8113-1 à L. 8113-5 : prérogatives et moyens d’intervention des agents de contrôle, notamment droit d’entrée, demande d’identité, présentation des documents obligatoires et communication d’informations utiles au contrôle.
- Code du travail, article L. 8114-1 : sanction du fait de faire obstacle à l’accomplissement des devoirs d’un agent de contrôle de l’inspection du travail.
- Code du travail, article L. 2317-1 : dispositions pénales relatives à l’entrave à la constitution, à la libre désignation des membres ou au fonctionnement régulier du CSE.
- Code du travail, article L. 2315-34 : consignation des délibérations du CSE dans un procès-verbal établi par le secrétaire.
- Code du travail, article L. 2315-35 : affichage ou diffusion du procès-verbal adopté dans l’entreprise par le secrétaire du CSE selon les modalités prévues par le règlement intérieur.
