Messagerie, intranet et outils numériques : comment le CSE peut-il communiquer avec les salariés ?

Le CSE dispose d’une adresse électronique, mais celle-ci est rattachée au compte personnel du secrétaire. Tous les élus connaissent le même mot de passe et les salariés ignorent qui peut lire leurs messages.

Ailleurs, le comité possède une rubrique sur l’intranet, mais chaque publication doit être transmise au service communication de la direction. Dans une autre entreprise, les élus peuvent recevoir des courriels, sans avoir le droit d’utiliser la liste générale des salariés.

La communication numérique du CSE ne doit pas être improvisée. Elle doit concilier l’accès des salariés à l’information, l’autonomie du comité, la sécurité du système informatique et la protection des échanges individuels.

Quels sont les droits de communication du CSE ?

L’article L. 2315-15 du Code du travail autorise les membres de la délégation du personnel du CSE à afficher les renseignements qu’ils ont pour rôle de porter à la connaissance du personnel. L’affichage peut être réalisé sur les emplacements destinés aux communications syndicales ainsi qu’aux portes d’entrée des lieux de travail.

Ce droit légal d’affichage existe indépendamment des outils numériques. La messagerie, l’intranet, un site internet ou une application peuvent compléter l’affichage, notamment pour les télétravailleurs et les salariés des unités dispersées, mais ne doivent pas conduire le comité à abandonner les salariés qui n’ont pas d’accès numérique régulier.

Le CSE dispose-t-il d’un droit automatique à la messagerie et à l’intranet ?

Le Code du travail ne contient pas, pour le CSE, une disposition générale comparable au droit d’affichage de l’article L. 2315-15 qui lui garantirait automatiquement l’accès à toutes les fonctionnalités numériques de l’entreprise.

La CNIL a relevé que le régime légal relatif à l’intranet et à la messagerie syndicale ne concernait pas directement les anciennes institutions représentatives du personnel. Elle estimait néanmoins que leur accès aux moyens informatiques devait être reconnu et organisé selon des modalités comparables.

Le CSE doit donc vérifier successivement :

  1. les accords d’entreprise ou d’établissement ;
  2. les accords de groupe ;
  3. les dispositions de la convention ou de l’accord de branche ;
  4. le règlement intérieur du CSE ;
  5. la charte informatique ;
  6. les décisions écrites de l’employeur ;
  7. les usages suffisamment établis dans l’entreprise.

Une boîte électronique autorise-t-elle l’envoi à tous les salariés ?

Non, pas nécessairement.

Dans un arrêt du 12 juillet 2017, la Cour de cassation a examiné un accord collectif qui définissait précisément les usages d’une messagerie interne. Cette messagerie permettait certains échanges entre représentants et avec la direction, mais n’autorisait pas l’envoi massif à l’ensemble du personnel.

Le CSE peut-il envoyer un message collectif ?

Le CSE doit d’abord vérifier qu’il est autorisé à utiliser la liste concernée.

Lorsque la diffusion collective est admise, plusieurs précautions sont nécessaires :

  • identifier clairement le CSE comme auteur ;
  • utiliser un objet précis ;
  • limiter la fréquence des envois ;
  • éviter les pièces jointes excessivement lourdes ;
  • vérifier les liens ;
  • ne pas insérer de données individuelles ou confidentielles ;
  • utiliser les champs de destinataires adaptés ;
  • prévoir une solution pour les salariés sans messagerie professionnelle ;
  • conserver une copie du message diffusé.

Utiliser « Cci » ne règle pas tout

Le champ « copie cachée » peut empêcher les destinataires de voir toutes les adresses. Il ne sécurise toutefois ni le contenu du message, ni la liste détenue par l’expéditeur, ni les réponses envoyées ultérieurement.

Attention à la fonction « Répondre à tous »

Un salarié peut répondre publiquement en révélant une difficulté médicale, une erreur de rémunération, un conflit avec son responsable, une situation de handicap, une sanction ou des faits de harcèlement présumés.

Le CSE doit donc limiter autant que possible les configurations permettant aux destinataires de répondre à l’ensemble de la liste.

Comment négocier un véritable droit de communication numérique ?

La simple tolérance peut disparaître lors d’un changement de direction, d’outil ou d’équipe informatique. Une formalisation écrite est donc préférable.

L’accord, la charte ou le règlement applicable peut préciser :

  • l’adresse fonctionnelle du CSE ;
  • les listes de diffusion accessibles ;
  • les catégories de salariés concernées ;
  • la fréquence maximale éventuelle ;
  • la taille des messages et des pièces jointes ;
  • les droits de publication sur l’intranet ;
  • les conditions d’accès des salariés à distance ;
  • les règles de sécurité ;
  • les conditions de suspension en cas d’incident ;
  • l’autonomie éditoriale du CSE ;
  • la gestion des données personnelles ;
  • la continuité des accès après les élections.

L’employeur peut-il contrôler la messagerie utilisée par le CSE ?

L’employeur peut administrer et sécuriser son système informatique. Il peut notamment mettre en place des contrôles portant sur la fréquence des envois, la taille des messages, la détection des virus ou les filtres contre les messages indésirables, à condition que ces contrôles poursuivent des objectifs légitimes.

Le contrôle technique

Il peut porter sur le volume des messages, les logiciels malveillants, la taille des pièces jointes, la saturation du réseau ou une tentative de connexion inhabituelle.

Le contrôle éditorial

Il consisterait à relire systématiquement les projets, réécrire le message du CSE, exiger une validation préalable du contenu ou présenter comme émanant du comité un texte modifié par l’employeur.

Le contrôle technique nécessaire à la sécurité ne doit pas être confondu avec une prise de contrôle de la communication du comité.

Quelle adresse électronique le CSE doit-il utiliser ?

L’adresse personnelle de l’élu

Avantage : création rapide.

Risques : mélange entre vie personnelle et mandat, absence de continuité, conservation des messages après le départ de l’élu et difficulté de récupération collective.

La boîte professionnelle nominative

Elle reste rattachée au compte professionnel individuel de l’élu. Une boîte nominative classique n’offre pas nécessairement le niveau d’indépendance ou de confidentialité attendu pour les échanges sensibles.

La boîte fonctionnelle hébergée par l’entreprise

Exemple : contact-cse@entreprise.fr.

Elle favorise l’identité claire, la continuité et la gestion centralisée des accès, sous réserve de règles écrites et d’habilitations nominatives.

La boîte extérieure administrée par le CSE

Elle peut renforcer l’autonomie du comité, mais suppose de maîtriser l’hébergement, la sécurité, les sauvegardes, les administrateurs, le renouvellement du domaine et la transmission des accès.

Comment protéger les réponses confidentielles des salariés ?

La communication générale et le traitement des situations individuelles ne doivent pas utiliser exactement le même circuit.

Un canal d’information générale

Il sert à diffuser une lettre d’information, annoncer une permanence, publier un avis, communiquer un calendrier ou informer sur les activités sociales et culturelles.

Un canal confidentiel

Il sert à recevoir une réclamation individuelle, organiser un rendez-vous, recevoir un document, traiter une situation personnelle ou signaler une difficulté de santé ou de sécurité.

Comment organiser les accès à la boîte générique ?

Pourquoi éviter un mot de passe unique ?

Avec un identifiant collectif, il devient difficile de déterminer qui a lu un message, supprimé une pièce jointe, transféré une demande, modifié les paramètres, créé une redirection ou continué à se connecter après la fin de son mandat.

Comment publier sur l’intranet ?

L’espace du CSE doit être clairement distingué de celui de la direction.

Il peut comprendre :

  • les coordonnées des élus ;
  • le calendrier des permanences ;
  • les horaires des réunions d’information ;
  • les procès-verbaux ou synthèses communicables ;
  • les avis et résolutions ;
  • les informations sur les activités sociales et culturelles ;
  • les formulaires ;
  • les documents pratiques ;
  • les liens vers le site du CSE.

Les questions à régler

  • Qui peut créer une publication ?
  • Qui peut la modifier ?
  • La direction peut-elle la retirer ?
  • Le nom de l’auteur apparaît-il ?
  • La date de mise à jour est-elle visible ?
  • Les anciennes versions sont-elles archivées ?
  • Les salariés éloignés ont-ils accès à l’espace ?
  • Existe-t-il une solution pour ceux qui n’ont pas de poste informatique ?

Peut-on créer un site internet propre au CSE ?

Oui, sous réserve de respecter les règles applicables aux contenus publiés, aux données personnelles, aux droits d’auteur et à la confidentialité.

La partie publique

Elle peut présenter le rôle du comité, ses coordonnées générales, ses actualités non confidentielles, certaines activités sociales et culturelles et les moyens de contact.

La partie réservée aux salariés

Elle peut contenir des documents internes, des formulaires, des informations relatives aux prestations, des supports réservés au personnel et des archives communicables.

L’accès réservé doit reposer sur un mécanisme suffisamment sécurisé. Un simple lien non indexé n’est pas une véritable protection.

Peut-on utiliser WhatsApp, Teams, Slack ou un réseau social ?

Ces outils peuvent être utiles pour des échanges rapides, mais ils ne doivent pas devenir automatiquement l’espace documentaire principal du CSE.

Teams ou un outil professionnel équivalent

L’outil peut faciliter les échanges entre élus, le partage de documents courants, les réunions à distance et le suivi d’un projet. Il faut néanmoins vérifier les administrateurs, les droits de la direction, la conservation des messages et l’accès après les élections.

WhatsApp ou une messagerie grand public

La création d’un groupe réunissant de nombreux salariés peut révéler leur numéro personnel, leur participation au groupe, leurs réactions, leurs horaires de connexion et leur photographie de profil.

Les réseaux sociaux

Une page publique Facebook, LinkedIn ou équivalente ne convient pas à la diffusion d’informations internes ou confidentielles.

Comment utiliser un formulaire de contact ?

Le formulaire doit recueillir uniquement les informations nécessaires à l’objectif poursuivi.

La CNIL rappelle que les personnes doivent être informées, au moment de la collecte, de l’identité du responsable du traitement, des finalités, de la base juridique, des destinataires, de la durée de conservation et de leurs droits.

Champs généralement suffisants

  • nom et prénom, lorsqu’ils sont nécessaires ;
  • moyen de contact ;
  • établissement ou service ;
  • objet général de la demande ;
  • disponibilité pour un rendez-vous ;
  • zone de texte limitée.

Champs à éviter par défaut

  • numéro de sécurité sociale ;
  • copie de la carte d’identité ;
  • diagnostic médical détaillé ;
  • données familiales sans lien avec la demande ;
  • informations disciplinaires systématiques ;
  • pièces jointes obligatoires sans nécessité.

Combien de temps conserver les messages ?

Les courriels et formulaires ne doivent pas être conservés indéfiniment. La durée doit être déterminée selon l’objectif ayant justifié la collecte.

Communications générales

Conserver une copie des messages diffusés afin de tracer les publications et décisions du CSE.

Demandes individuelles en cours

Conserver les informations pendant le traitement et le suivi convenu avec le salarié.

Dossiers clos

Supprimer les informations devenues inutiles ou les archiver de manière limitée lorsqu’un motif précis le justifie.

Pièces comptables et contractuelles

Appliquer les durées légales propres aux documents concernés, indépendamment des règles de conservation des simples messages.

L’employeur peut-il relire ou censurer une publication du CSE ?

L’employeur peut signaler un risque de sécurité informatique, la présence d’un virus, une donnée personnelle exposée, une information légalement confidentielle, un propos potentiellement injurieux ou diffamatoire, ou un contenu sans lien avec les missions du CSE.

Il ne devrait pas pouvoir modifier unilatéralement la formulation et présenter la version modifiée comme une communication du comité.

Huit situations pratiques

Situation 1

Le secrétaire utilise son adresse professionnelle personnelle

Conduite recommandée : créer une adresse fonctionnelle, organiser les habilitations, informer les salariés du changement et transférer uniquement les dossiers utiles.

Situation 2

Tous les élus partagent le même mot de passe

Conduite recommandée : changer immédiatement le mot de passe, créer des accès nominatifs, activer l’authentification renforcée et vérifier les redirections automatiques.

Situation 3

L’employeur refuse l’utilisation de la liste générale

Conduite recommandée : vérifier les accords et usages, demander les motifs du refus, proposer des règles précises et négocier une liste réservée aux communications du CSE.

Situation 4

Un salarié répond à tous en évoquant sa santé

Conduite recommandée : éviter toute nouvelle diffusion, contacter rapidement le salarié, vérifier les paramètres de la liste et documenter l’incident.

Situation 5

Une publication du CSE est retirée de l’intranet

Conduite recommandée : demander le motif écrit, conserver la version publiée, vérifier les règles d’utilisation de l’intranet et faire inscrire le désaccord au procès-verbal si nécessaire.

Situation 6

Un ancien élu conserve l’accès à la boîte

Conduite recommandée : supprimer immédiatement l’habilitation, vérifier les connexions récentes, changer les secrets d’administration et rechercher les redirections.

Situation 7

Le CSE crée un groupe WhatsApp avec les salariés

Conduite recommandée : évaluer la nécessité du groupe, informer les participants, ne pas y traiter les demandes confidentielles et prévoir un canal alternatif.

Situation 8

Certains salariés n’ont ni courriel ni intranet

Conduite recommandée : maintenir l’affichage, organiser des passages dans les services, proposer des supports papier et rendre les informations consultables depuis le local du CSE.

Check-list avant un envoi collectif

Check-list lors d’un changement de mandature

Questions fréquentes

Le CSE a-t-il automatiquement le droit d’envoyer un courriel à tous les salariés ?

Non. Le droit dépend des accords, règles et outils mis à disposition. L’existence d’une boîte électronique ne crée pas automatiquement un droit d’utilisation de la liste générale.

L’employeur peut-il imposer une limite de taille aux messages ?

Oui, lorsqu’elle répond à une exigence légitime de sécurité ou de fonctionnement du réseau. Cette limite ne doit pas être utilisée de manière discriminatoire pour neutraliser la communication du CSE.

L’employeur peut-il lire les messages adressés à la boîte du CSE ?

Une boîte hébergée sur le système professionnel peut être techniquement administrée par l’employeur. Les conditions d’accès doivent donc être précisément définies afin de préserver les échanges confidentiels.

Peut-on utiliser une adresse Gmail gratuite ?

C’est techniquement possible, mais cette solution soulève des difficultés de responsabilité, de sécurité, de continuité, d’administration et de transmission des accès. Une solution fonctionnelle administrée par le CSE est préférable.

Tous les élus doivent-ils avoir accès aux demandes individuelles ?

Non. Les accès doivent être limités aux personnes qui ont besoin de traiter ces demandes.

La direction peut-elle modifier une publication sur l’intranet ?

La direction peut administrer techniquement l’outil et signaler un contenu illicite ou dangereux. Elle ne devrait pas réécrire le message et le présenter comme une publication du CSE.

Peut-on publier les procès-verbaux sur l’intranet ?

Oui pour les versions communicables, en respectant les modalités d’adoption, de diffusion, la confidentialité et les données personnelles.

Faut-il demander le consentement de chaque salarié pour toute communication du CSE ?

Pas nécessairement. La base juridique dépend du traitement et de sa finalité. En revanche, les salariés doivent recevoir l’information requise sur l’utilisation de leurs données.

Peut-on conserver toutes les demandes jusqu’à la fin du mandat ?

Une durée unique correspondant à toute la mandature n’est pas automatiquement justifiée. La conservation doit être déterminée selon la finalité de chaque dossier.

À retenir

  1. Conserver les moyens d’information non numériques.
  2. Formaliser les usages autorisés.
  3. Distinguer réception et diffusion générale.
  4. Utiliser une adresse fonctionnelle dédiée.
  5. Créer des accès nominatifs.
  6. Séparer communication générale et demandes confidentielles.
  7. Limiter les données collectées.
  8. Définir des durées de conservation.
  9. Préserver l’autonomie éditoriale du CSE.
  10. Sécuriser la transmission après chaque élection.

Pour aller plus loin

Références juridiques et pratiques

Code du travail

Jurisprudence

Protection des données

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